Sans transition !
Par Pierre le mardi 20 octobre 2009, 13:59 - Lien permanent
Mi-septembre 2007, la « révolution safran », celle des moines. Un reporter étranger est tué, l’occident découvre la Birmanie… Quel est ce pays ? Que s’y passe t-il ? Les journalistes se ruent, mais les visas se refusent. Dernier recours désespéré, on tente le passage forcé par voie de terre. Le seul endroit plausible : Mae Sot, Thaïlande. Mais là encore, aucun visa n’est délivré. Previsible, certes, mais c’est embêtant quand même, tout ce chemin pour rien ! Qu’à cela ne tienne, il y a ici une clinique avec peu de moyens et beaucoup d’envie, des réfugiés, des mourants… bref, une histoire. Donc on court, on filme, on shoote, et « les séropositifs en phase terminale, c’est à quel étage s’il vous plaît ? ». Et encore, seuls les plus polis demandent... Voilà donc comment en moins d’une semaine sont arrivés sur les murs des différents services de la clinique Mae Tao les panneaux « No photography without autorisation ».
Je n’ai pas eu besoin de cette histoire pour m’en convaincre, elle m’a juste conforté dans ce que je ne pouvais m’empêcher de ressentir ici : je ne suis pas un photographe de la maladie ou de la mort. J’étais juste submergé. J’étais ce malade, détestant cet étranger outrancier venant utiliser ma souffrance comme son gagne-pain : impossible de trouver le détachement, la distance juste. Je ne veux même pas essayer, même pas pour « voir ce que ça donne »... J’ai trop peur de faire n’importe quoi, d’être irrespectueux, de violer une intimité, un recueillement nécessaire. Même avec accord. Et si accord il y a, c’est encore pire, car alors vos photos ne doivent pas être vaines, inutiles. Vous devez être à la hauteur, et quelle hauteur ! Je ne ferai donc pas un demi-sujet sur un lieu qui en compte autant qu’il y a de personnes… Pour l’instant, je préfère aller faire ce que je sais faire là où on ne m’attend pas.
Mais un jour peut-être, avec plus de temps. Plus de temps et moins de fougue ;-) Ciao Thailande.
Commentaires
sans vouloir me faire cynique, violer une intimité, même avec le consentement du sujet, n'est ce pas le propre du photographe ? (enfin vu d'ici c'est facile)
Et bien, comme tu y vas ! :-)
A partir du moment ou il y a consentement, il n'y a pas viol, non ? (euh... merci de ne pas me citer sur ce coup la). Mais des fois le consentement est ambigu, force, gene, flou... Et meme l'intimite, ne disparait t'elle pas d'emblee avec la presence du photographe, ou ne fait-elle que decrire un cercle plus large englobant le photographe meme, a partir du moment ou le sujet approuve sa presence ? Dans la photo de reportage, certains photographes sont tres actifs dans le cercle de l'intimite, leur presence se lit sur leurs photos, d'autres veulent atteindre l'invisibilite, la non presence, l'oubli...
ps : desole, je trouve pas les accents sur le clavier...