Mi-septembre 2007, la « révolution safran », celle des moines. Un reporter étranger est tué, l’occident découvre la Birmanie… Quel est ce pays ? Que s’y passe t-il ? Les journalistes se ruent, mais les visas se refusent. Dernier recours désespéré, on tente le passage forcé par voie de terre. Le seul endroit plausible : Mae Sot, Thaïlande. Mais là encore, aucun visa n’est délivré. Previsible, certes, mais c’est embêtant quand même, tout ce chemin pour rien ! Qu’à cela ne tienne, il y a ici une clinique avec peu de moyens et beaucoup d’envie, des réfugiés, des mourants… bref, une histoire. Donc on court, on filme, on shoote, et « les séropositifs en phase terminale, c’est à quel étage s’il vous plaît ? ». Et encore, seuls les plus polis demandent... Voilà donc comment en moins d’une semaine sont arrivés sur les murs des différents services de la clinique Mae Tao les panneaux « No photography without autorisation ».

Je n’ai pas eu besoin de cette histoire pour m’en convaincre, elle m’a juste conforté dans ce que je ne pouvais m’empêcher de ressentir ici : je ne suis pas un photographe de la maladie ou de la mort. J’étais juste submergé. J’étais ce malade, détestant cet étranger outrancier venant utiliser ma souffrance comme son gagne-pain : impossible de trouver le détachement, la distance juste. Je ne veux même pas essayer, même pas pour « voir ce que ça donne »... J’ai trop peur de faire n’importe quoi, d’être irrespectueux, de violer une intimité, un recueillement nécessaire. Même avec accord. Et si accord il y a, c’est encore pire, car alors vos photos ne doivent pas être vaines, inutiles. Vous devez être à la hauteur, et quelle hauteur ! Je ne ferai donc pas un demi-sujet sur un lieu qui en compte autant qu’il y a de personnes… Pour l’instant, je préfère aller faire ce que je sais faire là où on ne m’attend pas.

Mais un jour peut-être, avec plus de temps. Plus de temps et moins de fougue ;-) Ciao Thailande.