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"...Et surtout n'oublie pas de rouler à gauche !"

Dernier conseil amusé donné par Thant. Le plus futile, le moins essentiel... mais le seul compris.

Le reste parlait de la situation à Mae Sot, ici, au nord-ouest de la Thaïlande, et de comment s'y retrouver dans cet imbroglio d'ONG, de camps de réfugiés birmans, de bénévoles étrangers... J'aurais bien voulu comprendre cette partie là, mais son thaïnglish est redoutable, et je n'en connais pas encore les règles. Mauvaise excuse certes, Thant est birman. Comme beaucoup, il a passé la frontière illégalement, en 1997. Comme beaucoup, il a fui au choix la maladie, la faim, l'illettrisme, la crise, le cyclone Nargys... Comme peu, il a réussi à ne pas finir dans les camps de réfugiés. Maintenant, il travaille dans une guesthouse et dirige le Volunteer Office. Sacrée promotion.

Sur la route qui mène au poste-frontière, perché sur mon vélo, j'aperçois de loin LA clinique Mae Tao, centre névralgique de Mae Sot. Créé par une autre grande Lady, le Dr Cynthia Maung, c'est de là qu'est coordonné l'essentiel de l'action humanitaire de Mae Sot et des ONG des environs. C'est là que je me rends demain... D'un coup, des klaxons surgissent derrière moi, on me montre l'autre côté de la route : "Rouler à gauche, ok ok, j'ai compris..."

Arrivée au poste-frontière. Un pont dit de l'amitié enjambe la rivière Moei qui sépare les deux pays. Tout autour, des militaires surveillent les environs. Quel est leur rôle ? S'assurer que les aller-retours constants sur les bouées de fortune se déroulent sans accroc ? Et du coup, à quoi sert le poste-frontière ? Dur à dire... je mets ça sur la liste des questions à poser à un interlocuteur intelligible.

L'aprés-midi, nous allons avec Thant livrer quelques jouets et vêtements à une ONG œuvrant dans l'éducation d'enfants birmans réfugiés, orphelins, ou passant quotidiennement la frontière pour avoir accès à un enseignement décent. Tout au moins plus que les locaux j'espère : une dizaine de boxes alignés servent à la fois de classe et de dortoir. Et la cuisine, qui paraît démontable, est plus petite que ma chambre à la guesthouse. Le prof d'anglais me dit avec un grand sourire que c'est là que les repas sont préparés par les instituteurs eux-mêmes, 2 fois par jour, dès 4h du matin, pour nourrir 250 enfants. Il me dit aussi qu'il faudrait que j' arrive plus tôt la prochaine fois, pour qu'on puisse jouer au football tous ensemble.

C'est sûr, penser à rouler à gauche va prendre du temps...