Arrivée de nuit à 1h30, aéroport international de Zia / Dhaka. Deuxième nuit dans les transports, pas de monnaie locale en poche, pas d’hôtel réservé et un centre-ville à atteindre. Je ne réalise pas vraiment, tant mieux…

Premières impressions hallucinées de fatigue derrière la fenêtre du taxi : une ville usée, défoncée, improvisée, juste le minimum fonctionnel. Une lumière, un feu ici et là, quelques âmes en cercle, des relents d’après-cataclysme… mais surtout cette puanteur : pollution, pourriture, pisse… doucement je me réveille.

Le matin, je comprends pourquoi mon avion est arrivé de nuit. Depuis la fenêtre de ma chambre, Dhaka l’écorchée est là, et me sourit. Immeubles sans façade, bennes à ordures béantes, du fer et de la pierre à vif, partout. Un sourire sans dent. Dhaka, « la ville-enfer » le règne de la poussière, l'absence de couleurs... Et parmi les klaxons, un flot de dos courbés s’active déjà frénétiquement. Je crois que je vais aller me recoucher.

Je descends finalement dans l’arène. D’emblée, je cherche ma peur dans les regards que l’on me lance. Je remarque ce que je savais déjà: c’est un pays d’hommes. On racle, on crache, on crie, on râle. Je feins l’assurance, je marche, et marche encore, sans jamais perdre de vue mon hôtel. Je reconnais alors doucement ce premier bout de territoire que je m’approprie. Enfin, j’ouvre les yeux.

Deux fois que je passe devant ce restaurant, rassurant de vide. Je m’élance. D’instinct, je cherche la place la plus isolée mais m’assis dos au mur, afin de voir venir. Je mime alors au serveur "la même chose que mon voisin". Une fois celui-ci parti, j’essaie enfin discrètement de voir ce que j’ai commandé. Sentant ma présence, l’homme se retourne. Regards croisés, une seconde d’éternité et la réaction la plus inattendue arrive, ne m’en laissant alors aucune : il me sourit ! Merde…