…chantait Mano Solo. Ce matin de Birmanie, j’imagine ces poings fermés, crispés à s’en péter les phalanges, serrés à jamais, rime finale d’un combat contre l’insipide, dernier pied-de-nez poétique, dernier cri sans bruit d’un assoiffé de la vie...
Je m’approche de lui et semble pouvoir entendre un murmure enragé : « Et vive la révolution !...... ». As-tu trouvé là la paix que tu ne cherchais pas, Mano ? Putain, tu vas manquer… L’homme « à la plus belle chanson de la Terre », l‘homme le plus libre que je connaisse, est mort.
Retour de Birmanie, 3ème volume : un épisode doux-amer cette fois-ci, partagé entre le plaisir immense des retrouvailles, de redécouvrir et de faire découvrir, et cette tristesse de ne pouvoir revoir ces deux amis qui avaient été ma Birmanie, ces deux mêmes qui m’avaient aidé sans compter quand je voulais réaliser ce projet photo de portraits birmans…
Mr Brown et Tun tun.
La prison et l’asile sont désormais leur présent. La prison et l’asile, la prison et l’asile, la prison et l’asile… Jour après jour après jour, sous-alimenté, dans cette cellule sans fenêtre, pas de livre, pas de visite, ressasser ses souvenirs… Courir, encore plus vite, la peur au ventre, laissant votre femme et vos enfants, quitter ce pays pour ne jamais y revenir... Ces mots tournent dans ma tête, j’essaie, je veux souffrir pour eux, partager, prendre sur moi, les soulager… mais mon empathie semble ridicule, pas à la hauteur de leur détresse : j’ai l’impression de pleurer à la fin de Titanic, et de me demander ce qu’il y a à diner juste après… Un ami commun et moi avons aidé Tun tun de la seule façon que nous pouvions, sa famille devrait le rejoindre dans un camp de réfugiés prochainement.
Le destin m’a surclassé en business class pour le retour vers l’enfer. Belle ironie… Surtout qu’à peine embarqué dans l’avion, un groupe de bangladeshis, pour raisons diplomatiques, jouait la force du nombre en boycottant le décollage... 2h de retard et welcome back Bangladesh ! Mais ce matin sur Dhaka, quelque chose avait changé… oh non, pas mon désir de ramener ce pays entier à la raison (j’y crois encore), mais juste un petit courant d’air, assez frais pour caresser et calmer ce mal de tête chronique… Chaque matin, renaissent mes deux poings !

Avec ce dernier séjour, la série BIRMANS DU MYANMAR s’agrandit, mais uniquement de portraits de birmanes… Une partie des photos effectuées viendra compléter l’expo de Ste Geneviève des Bois (sud de Paris) consacrée aux FEMMES BIRMANES, qui débute le 1er mars. Plus d’infos ici.